GROUPE      D' ETUDE      CINEMA      DU      RÉEL      AFRICAIN

LES CINEASTES AFRICAINS, RELAIS DES PREOCCUPATIONS DE LEURS SOCIETES ?

par Mamounata Nikiema (Burkina Faso)

Cinéaste, Journaliste

Introduction générale et problématique

L’année 1969 marque la naissance officielle du cinéma africain. Depuis cette date, ce cinéma n’a cesser d’évoluer et de grandir malgré les problèmes sociaux, économiques et politiques qu’il rencontre : faiblesse de l’aide financière et l’étroitesse des réseaux de distribution. Les problèmes matériels et les considérations géopolitiques ne doivent pas faire oublier qu’en dépit de ses difficultés, le cinéma africain garde des atouts d’un autre ordre.

Bien de facteurs ont rendu possible cet état de fait à savoir la naissance du Fespaco l’action d’autres festivals africains nationaux (Carthage).

La thématique principale du cinéma africain, longtemps politique (dénonciation du colonialisme ou tensions sociales nées des bouleversements internes), a cédé le pas à une mise en relief de la culture africaine dont témoignent les grands films de la fin des années 80 (Yaaba ; Tilaï de Idrissa OUEDRAOGO ; Le Vent ; Yeelen ou Waati du malien Souleymane CISSE).

Selon Denise BRAHIMI, le premier atout est l’importance du mythe en Afrique ou plutôt l’aptitude du cinéma africain à aborder les problèmes par la voie du mythe. Cela leur donne une dimension dite universelle et c’est en cela, en tout cas, un aspect de ce cinéma qui lui permet d’être à la fois lui-même, authentiquement africain, et pourtant de dépasser les limites de son continent d’origine.

L’autre atout qu’il faut souligner selon toujours BRAHIMI, c’est la capacité inlassable des cinéastes africains de décrire la vie quotidienne dans leurs pays. Cette représentation semble une mine inépuisable toujours appréciée du public, tant il est vrai que la vie quotidienne africaine est d’emblée un spectacle. Cependant « ce qui pose problème avant tout, c’est la difficulté qu’il y a en Afrique à voir nos films. De plus en plus, il semble que nous les faisons pour un public européen. L’image africaine est absente du cinéma africain » déclarait Idrissa OUEDRAOGO au Fespaco 2003. Les pessimistes regrettent qu’il soit de plus en plus difficile de voir de vrais films d’auteurs africains dans de véritables salles en raison de la faiblesse des réseaux de distribution et de la disparition progressive des cinémas dans de nombreux pays. Mais les optimistes ne manquent pas d’arguments en évoquant l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs talentueux (Abderrhamane SISSAKO, Mahamane Saleh Haroun). Et cette génération devrait devenir vite prolifique grâce aux vertus des techniques numériques, moins coûteuses et d’accès plus facile. Cet état permettra de plus en plus aux auteurs africains de réaliser des films malgré les contraintes budgétaires. Le délégué général du Fespaco, Baba HAMA soulignait que la création cinématographique reste vivace sur le continent : « le cinéma africain n’a rien perdu de son dynamisme ».

Ce tableau que nous venons de dresser concerne le cinéma africain son genre fiction. Mais qu’en est-il du genre documentaire ? Depuis quelques années une génération de documentaristes africains émergent. De plus en plus le documentaire devient un genre majeur au Fespaco et sur tous les écrans de la planète, comme nous l’explique Jean-Michel Djan. Lors de l’édition de 2005, l’Afrique du Sud était le pays le mieux représenté en compétition documentaire. Si dans la fiction le quotidien des africains est mis en évidence, qu’en est-il dans le genre documentaire ?

Est-ce que les cinéastes africains sont les relais des préoccupations de leurs sociétés dans le cinéma documentaire ?

Notre étude porte sur les préoccupations de la société africaine et surtout burkinabè dans les films documentaires des cinéastes africains. Poser une telle problématique revient à ressortir le rapport entre la thématique des cinéastes africains et les préoccupations de leurs compatriotes. Une chose est de réaliser des films documentaires sur des questions sociales données, une autre est que ces films répondent aux soucis du moment des africains. Il s’agit également de relever la problématique de l’existence d’un cinéma documentaire au Burkina Faso.

L’objectif majeur de cette étude est, comme l’a écrit François FRONTY, membre du séminaire de recherche, de croiser différents axes d’études à partir de films réalisés ou en cours de réalisation. Cela permettra de produire un appareil théorique qui va questionner l’originalité de ce cinéma. Dans le cas précis de notre thème de recherche, il s’agit de dégager l’ossature du cinéma documentaire africain et surtout burkinabè du point de vu de sa thématique en rapport avec les préoccupations des populations.

Dans un premier temps, nous allons répertorier les films documentaires burkinabè. Ensuite, nous allons dégager la thématique de ces œuvres cinématographiques. Puis une analyse de contenu, nous permettra de répondre à notre interrogation de départ.

1.Cadre méthodologique

1.1- Objet et objectifs de la recherche

Notre travail d’étude et de recherche porte sur les préoccupations de la société burkinabè dans les œuvres documentaires de ses cinéastes. Une chose est de réaliser des films sur des questions sociales données, une autre est que ces films répondent aux problèmes du moment des populations.

L’objectif majeur de cette étude est, comme l’a si bien écrit François Fronty (membre de l’équipe de recherche), de croiser différents axes d’étude à partir de films réaliser ou en cours de réalisation. Cela permettra de produire un appareil théorique qui va questionner l’originalité de ce cinéma. Dans le cas précis de notre thème de recherche, il s’agit de dégager l’ossature du cinéma documentaire au Burkina Faso, son existence en tant que genre, sa typologie et la thématique des œuvres.

1.2- Collecte des données

Dans la conduite de cette étude, nous avons utilisé trois techniques de recherche pour collecter les données. Il s’agit de la recherche documentaire, d’une recherche filmographique et des entretiens. Au niveau de la recherche documentaire il n’y a pas une documentation spécifique sur le cinéma documentaire en Afrique. Néanmoins, à travers  les articles écrits par des cinéastes dans certaines revues, nous avons pu collecter des informations intéressantes. Du point de vue de la recherche filmographique l’accès aux œuvres a été facile grâce aux institutions du cinéma notamment, le FESPACO, L’ISIS, le CNC du Burkina, la Télévision nationale… le choix de la disponibilité de l’œuvre et de l’expérience cinématographique des auteurs cinéastes.

2.Etat des lieux du cinéma documentaire au Burkina Faso

Dans un panorama du cinéma d’Afrique noir, il est écrit que parler d’un « cinéma africain » relève d’un abus de langage. En effet il existe des disparités criantes entre l’organisation de la production que l’on trouve dans certains pays (Afrique du Sud, Nigeria, Egypte, Maroc) et l’absence de structures cohérentes dans toute la partie  centrale du contient. Ainsi parle-t-on des cinémas africains au regard de cet état de fait et du développement des cultures nationales identitaires.

Les premiers cinéastes Burkinabè  qui ont commencé avec le documentaire sont essentiellement Sékou Ouédraogo, Issaka Thiombiano, Paul Zoumbara.

Déjà en 1958, Sékou Ouédraogo  réalise le premier film Burkinabè, un documentaire de 18 minutes titré « Proclamation de l’indépendance 11-12-1958 ». En 1960 il réalise un deuxième film de 12 minutes titré « l’indépendance de la Haute Volta ». De 1967 à 1970 il réalise successivement « l’usage du savon (1967) » ; « faites confiance au médecin (1968) » ; « foires régionales voltaïques (1969) » ; « le troupeau, cette richesse (1970) » ; « fruits et primeurs de Haute Volta (1970 ». Ses films étaient du genre à informer et sensibiliser.

Hilaire Tiendrebéogo réalise un documentaire de 40 minutes en 1972, titré « historique de la tuberculose ». Quant à Issaka Thiombiano, il réalise « initiation en pays Gulma », un film de 12 minutes, en 1973. Gaston Kaboré  a aussi commencé par le documentaire avant de se lancer dans la fiction en cinéma. Il réalise « énergies nouvelles » (35 mn) en 1978 ; « conserver et stocker les grains (22 mn) en 1978 ; « regard sur le 6ème Fespaco (40 mn) en 1979. Paul Zoumbara réalise « loterie nationale » (15 mn) en 1979 et Sanou Kollo Daniel fait un film de 20 minutes titré « beogo-naba » en 1979. En un mot les premiers films documentaires au Burkina étaient essentiellement des courts métrages. Ces films assez courts étaient basés sur le contenu (souci d’information et de sensibilisation) plutôt que l’aspect esthétique (qualités cinématographiques).

Ces pionniers du documentaire au Burkina Faso n’ont pas fait des études spécifiques en cinéma et étaient des fonctionnaires de l’Etat. De nos jours il y a de moins en moins de réalisateurs qui n’ont pas reçus une formation minimum en cinéma, ce qui renforce le côté professionnel des œuvres. Quelle typologie de films documentaires pouvons-nous établir au Burkina Faso ?

3.Thématique des  films documentaires réalisés au  Burkinabè de 1947 à 2007

Ø La période de 1947- 1967

A trois ans de l’accession du Burkina à l’indépendance il existait déjà des films documentaires. La période de 1947-1967 est marquée par les aspirations à l’indépendance dans un premier temps. Cinq films documentaires ont été réalisés sur l’indépendance de la Haute- Volta : proclamation de l’indépendance 11-12 de Serge Ricci et Sékou OUEDRAOGO (1958) ; A minuit l’indépendance de Phillipe Brunet (1960) ; et l’indépendance de la Haute-Volta (1960 et 1961).

Dans un second temps, cette période après 1960 (année d’indépendance) fut marquée par des films d’informations et de sensibilisation. Serge RICCI a réalisé plusieurs œuvres de cet ordre. Il réalise successivement Des bras pour l’eau en 1964 (40 mn) ; Perspective d’un l’élevage moderne en 1965 (40mn) ; Lumière sur le coton en 1965 (40 mn) et Comment nourrir mon enfant la même année. A partir de 1967 Serge RICCI sensibilise la population à fréquenter les centres de santé.

Il est à noter que la première vague de réalisateur de films documentaires produisait es œuvres pour les besoins e l’Etat. Cependant la thématique e ces œuvres correspond aux préoccupations du moment. D’une part  la question de l’indépendance, la thématique implique directement les besoins de la population : agriculture, hygiène, santé… c’est un documentaire qui mettait en avant l’éducation et la sensibilisation des populations afin d’améliorer leurs conditions de vie quotidiennes. C’est aussi une vague marquée par Serge RICCI, un agent français qui appuyait le ministère de l’information de l’époque par la formation de ses agents.

Ø La période de 1968- 1988

Cette période correspond à  la deuxième vague de production d’œuvres documentaires. Sékou OUEDRAOGO et Serge RICCI sont le duo engagé dans la réalisation de ces œuvres. Ils ont réalisés ensemble : Faites confiance au médecin en 1968 (26 mn) ; Foires régionales voltaïques en 1969 (33 mn) ; Le trouepau cette richesse en 1970 (32 mn) ; Fruits et primeurs de haute volta en 1970 (25 mn). Ces films évoquent les questions de l’heure du premier gouvernement juste après l’indépendance. Là le documentaire est utilisé comme support de promotion de la richesse du pays pour des objectifs bien précis. Ces œuvres ne répondent pas forcément aux besoins de la population. Dans l’histoire du Burkina, les années 70 sont marquées par une succession de sécheresses (1970-1974) dont les conséquences ont été la famine. Il n’y avait pas assez de vivres pour la population. Néanmoins à travers les œuvres des réalisateurs de cette époque, cette épreuve que la population a vécue n’en ressort pas. Pendant que la population vivait cette épreuve, des œuvres étaient réalisées sur la géographie du pays (Serge RICCI, Haute Volta géographie physique 3ème partie, 1972, 16 mn) ; sur la tradition (Issaka THIOMBIANO, Initiation en Pays Gulma, 1973, 15 mn). Certains films ont abordés des thèmes voisins à cette famine sans pour autant la mettre au cœur du sujet. Il s’agit notamment de Cultures Maraîchères irriguées en Haute Volta 1ère et 2ème partie (de Serge RICCI) réalisé en 1972. Il montre les moyens que l’Etat met en place pour enrayer la famine mais la question du réel vécu par la population est absente.

Il est possible de dire que Gaston KABORE a commencé le cinéma par le documentaire. A partir de 1978 il a réalisé successivement Energies nouvelle (1978, 35 mn) ; Stocker et conserver les grains (22 mn) la même année ; Regard sur le 6ème Fespaco en 1979 (40 mn) ; La journée de l’Enfance en Haute Volta (16 mn) en 1981. À la manière des premiers réalisateurs de films documentaires, Gaston KABORE annonçait une vague de réalisateurs (SANOU Z. François, NIKIEMA Thomas, TOURE Drissa, SANOU Kollo Daniel) qui s’étaient fixé comme mission l’éducation et la sensibilisation de la population. Gaston KABORE écrivait plus tard que « mon intention est que mon cinéma soit le reflet d’une réalité à laquelle je participe et je contribue à façonner » [1] . Plusieurs films ont été réalisés sur l’hygiène et la santé de la population. On peu noter entre autres Les écuelles (1983, 11 mn) de Idrissa OUEDRAOGO ; Eau propre source de santé (1983, 30 mn) de Alphonse SANON ; Salubrité au village (1983, 30 mn) de Omarou ZOUNGRANA ; Le paludisme (1983, 30mn) de Joseph KONDE…

Il est à noter que les réalisateurs de films documentaires qui ont marqué cette période allaient devenir par la suite des artistes du cinéma de fiction faisant du documentaire une préoccupation secondaire.  

Ø 1989 - 2001

C’est une période similaire aux précédentes. Les thèmes dans les films documentaires aux faits évènementiels. Les préoccupations du moment de la population, n’y sont pas forcement abordées. SANOU Kollo Daniel et Gaston KABORE réalisent chacun un film sur le Fespaco 89 la même année. Issaka THIOMBIANO, l’un des pionniers réalisateur de documentaire ; réalise « la sortie du vendredi » du Moogho Naaba. D’une durée de 26 minutes, ce film reconstitue la sortie rituelle du Moogho Naaba à Ouagadougou tous les matins. Cette période marque aussi l’interêt des femmes pour le documentaire. Aminata OUEDRAOGO s’affiche avec deux films dont « SIAO » (26 mn) ; en 1988 et « Alcoolisme » en 1992. DADJOARI Adjaratou réalise « Le pari » en 1992.

L’émergence de cinéastes qui s’intéressent plus au documentaire qu’à la fiction caractérise cette époque. Une nouvelle forme d’écriture et d’approche du documentaire apparaît avec :

- Alphonse SANON : il réalise « un espace appelé enfant » (1998) ; et « l’éternel deuxième »

- Pierre ROUMBA : il réalise « Marcel et le médiateur du Faso » en 1998

- Guy Désiré YAMEOGO : il réalise « Les laissés pour compte » en 1998

- Raymond TIENDRE et Redo PORGO ont plusieurs œuvres dans leur sac.

- Fanta Régina Nacro : bien que réalisatrice de fiction, elle s’intéresse depuis quelques années au vécu quotidien de la population. Elle est un cas exceptionnel par rapport aux autres réalisateurs de fiction qui n’ont pas la même approche du réel qu’elle. Son approche du cinéma révèle une envie de créer un lien social, de s’adresser au public le plus large, de susciter des réactions. Depuis 1993 elle réalise « L’école au cœur de la vie »

(13 mn, 1993) ; « Femmes capables » (23 mn ; 1999) ; « Florence BARRIGHA » (26 mn ; 1999); « Laafi bala- Les jeunes et le chômage au Burkina » (26 mn, 2001) ; « En parler ça aide » (17 mn, 2OO2) ; « Vivre positivement » (45mn, 2003). Ces films font ressortir les préoccupations de moments de la population, leurs soucis, leur vécu. Avec « En parler ça aide » et « vivre positivement » (prix Unicef et OMS au Fespaco 2003), la réalisatrice s’insère dans le milieu des personnes vivant avec le VIH/SIDA et découvre cet univers avec le spectateur.

De nos jours on ne peut parler de documentaire au Burkina Faso sans évoquer les noms de Raymond TIENDRE et de Redo PORGO. En effet Raymond TIENDRE est l’auteur réalisateur de dix sept (17) films documentaires.

Depuis 1990 le documentaire est le genre dans lequel le réalisateur s’est appesantit. Il s’agit surtout de films ethnographiques du pays. Quand on sait que les sociétés traditionnelles africaines sont conservatrices des coutumes, il ressort que Raymond TIENDRE fait une immersion dans ces milieux souvent interdit aux profanes. Cette immersion lui a permis de réaliser :

- Les Tamachecks de l’Oudalan en 1990. Ce film documentaire a reçu le grand prix jeune télévision de Monto Carlo en 1992 ; et la mention spéciale du jury à Montréal en 1990.

- Les Marka du Dafina en 1991

- Sources vitales : pèlerinage du Naba Tigre à Gambaga en 1997

- Barani en 2002

Ces œuvres documentaires abordent la vie des communautés auxquelles le réalisateur s’intéresse. A la différence de certains réalisateurs, Raymond TIENDRE connaît son milieu, communique avec les protagonistes, travail dans un esprit d’étroite collaboration avec eux. Actuellement formateur tant en fiction qu’en documentaire, Raymond TIENDRE va au-delà du Burkina pour ses réalisations. L’exemple de son film « l’industrie audiovisuelle au Ghana » réalisé en 2000 ; montre que la coopération Sud Sud est possible dans le monde documentaire africain.

Redo PORGO être  aussi considéré comme un réalisateur documentariste. Fonctionnaire de la télévision nationale, Redo PORGO réalise depuis plusieurs années une série documentaire appelé « Identités Culturelles ». Cette série ethnographique également s’intéresse aux us et coutumes de la population. Cela sou tend que le réalisateur s’est fait accepter dans les milieux ou il veut tourner.

Que dire à la fin de notre essai ?

De prime abord nous pouvons dire que depuis les indépendances certaines œuvres documentaires touchent au social. Elles abordent des thématiques sur la santé l’hygiène. Elles abordent aussi des thèmes en rapport avec l’économie du pays (richesse culturelle et ressources naturelles). En un mot la quasi-totalité des films documentaires est d’ordre institutionnel des indépendances aux années 80. Ces films abordent les problèmes de la population mais de façon générale. Ils sont souvent des films de commande d’institutions de l’Etat. Il n’y a pas de point de vue particulier du réalisateur. L’immersion des réalisateurs est moindre ou presque absent par rapport au vécu de la population. Le réalisateur est absent dans la narration filmique de son film. L’autre caractéristique de ce cinéma est qu’il est essentiellement fait par des réalisateurs de fiction.

Cependant à partir des années 90 une autre approche du documentaire apparaît. Cette approche est une démarche qui fait exister les personnages filmés et leur histoire. Cette génération s’intéresse à la vie des populations, leur vécu quotidien ; leurs préoccupations. On donne de la place au personnage et on vit avec lui son histoire.

Par rapport à notre objectif de départ qui est de dégager l’ossature du cinéma documentaire surtout burkinabè du point de vu de sa thématique en rapport avec les préoccupations des populations, il faut noter qu’il est partiellement atteint. L’objectif est d’abord atteint du moment ou nous avons pu collecter les données intéressantes sur le documentaire au Burkina Faso. Cela nous a permis de dégager une thématique des films documentaires en fonction des périodes. Cela nous permis également de faire le constat qu’il n’y a pas de documentariste au sens stricte du terme au Burkina Faso. Il y a  certes des réalisateurs qui réalisent des films documentaires mais jusque là aucun ne s’affiche comme documentariste. Ils sont à cheval entre la fiction et le documentaire suivant les avantages du genre. Dans un entretien que nous avons eu avec Gaston KABORE le 31 août 2007, la question de l’existence d’un cinéma documentaire en Afrique francophone se pose. Selon Gaston KABORE, ce sont les télévisions qui sont consommatrices de documentaires. Néanmoins ; les télévisions africaines sont incapables de financer la production de films documentaire en Afrique. Faire un film documentaire c’est s’engager selon lui. Plus le réalisateur s’implique dans son film ; plus il prend position et cela peut déranger les politiques. Il n’existe pas une politique volontariste de production de films documentaire. Il n’y a pas une vraie culture du cinéma documentaire. 

Bibliographie :

Ø Peter Stockinger, Sémiotique des médias : le genre du documentaire audiovisuel ; séminaire de DESS à l’institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), Paris, 2001-2002

Ø C.E.S.C.A (centre d’étude sur la communication en Afrique) : Caméra Nigra : le discours du film africain, éditions OCIC/L’harmattan ; 1984, collection : Ciné média ; cinémas d’Afrique noire ; 227P

Ø Catherine Ruelle ; Clément Tapsoba et Alessandra Speciale ; Afriques 50 : singularités d’un cinéma pluriel

Ø Denise BRAHIMI, Cinémas d’Afrique Francophone et du Maghreb, collection :nathan ; Paris 1997 ; 128P

Ø Guy Hennebelle, Sembène Ousmane (par Daniel Serceau) ; CinémAction ; 95P

Ø Guy Hennebelle, le cinéma direct, années 90 : où en est-il ? (par René Prédal) ; 216 P CinémAction ; 95P

Ø Répertoire des films documentaires 200/200 ; MAE, collections des films documentaires sur l’Europe

Ø Guy Gauthier, Le documentaire, un autre ciinéma, collection Nathan « cinéma » ; 343P

Ø Jacqueline Aubenas, Dic-Doc : dictionnaire du documentaire ; 453P



[1] Gaston KABORE, président de la FEPACI, Mon rapport au cinéma, 1995